Fossé non négligeable entre rêve et réalité

Il est certain qu’une fois confronté à la réalité de la vie, on redevient plus raisonnable et revoit ses « objectifs » à la baisse.

Lors de ma formation de CAP pâtisserie, je souhaiterais effectuer mes stages chez une grande enseigne de pâtisserie type Lenôtre mais l’idée de « perdre » du temps et de l’énergie dans les transports communs m’ait conduit à me postuler chez les artisans boulangers pâtissiers du quartier. C’était avec envie que je regardais certains de mes camarades de classe s’en allaient à leur stage dans des maisons prestigieuses. Il semblerait cependant que je n’étais pas si mal (voir mieux) lotie que ces élèves. Nous apprenions avec l’effroi l’expérience de ces malheureux stagiaires : ils avaient été malmenés physiquement  moralement et verbalement. Le pire : ils n’ont rien appris à part travailler à la chaîne. ET oui le monde des métiers de la bouche est impitoyable. Il est fort possible (et je l’espère de tout coeur) que certaines grandes maisons soient plus attentives à leur personnel mais il faut avoir beaucoup de chance pour tomber sur cet oiseau rare.

Dans le même registre : la beauté d’une boutique ne garantie pas la propreté de son laboratoire (jargon pâtissier  : arrière boutique)  sauf les grandes maisons qui ont des moyens et personnel (corvéables). Maintenant que j’ai le diplôme en poche je suis encore plus circonspecte qu’avant (je vérifie toujours l’état des WC d’un restaurant avant de donner mon approbation – même si la cuisine est bonne ).

Je voulais aussi travailler chez un traiteur mais plus d’une personne m’avait dit : vu de l’extérieur c’est sympa mais de l’intérieur c’est l’enfer. On travaille sous pression et fait toujours les mêmes choses…Encore un rêve qui vole en éclat.

Mon autre aspiration est d’ouvrir un salon de thé. Une boulangerie/pâtisserie n’est pas ma tasse de thé car je n’ai pas de CAP boulangerie et pas envie de commencer à 4h du matin même si je préfère personnellement le pain à la pâtisserie. Il est fort probable qu’enfant je n’ai pas assez jouer à la dînette d’où cet envie de « thé et compagnie ». La vie nous réserve bien de surprises (agréables ou non).

Depuis la semaine dernière, je tiens seule temporairement un « café » à temps partiel. En attendant d’un nouveau repreneur de la cafétéria de l’institut, on m’a confié « les clés du camion  » (salle et cuisine). Vu que je leur rends un service (on ne va pas laisser les apprenants et leur proches mourrir de soif) je peux donc choisir mes heures d’ouverture 😎. Je peux bien sure servir à manger (le salé) mais étant seule je ne me vois pas cuisiner ni tenter le diable (courir un éventuel risque d’intoxication alimentaire). Je me contente de servir le thé, café et « gâteaux de voyage » exemple financier.

Je suis contente car ça m’occupe et me donne un aperçu de ce qui m’attend…on passe son temps à attendre des clients 😟. Ce n’est pas pour demain le salon de thé même si j’ai les moyens logistiques mais il faut s’adapter à la demande. Des rêves et ambitions ne sont atteignables qu’avec de la chance et des éléments extérieurs et indépendants à nos efforts et volontés. Même en ayant  les bons produits voir les meilleurs de la ville (il n’y a peu voir pas de concurrence lorsqu’on est à l’étranger), la clientèle peut ne pas être au rendez vous (pour x ou y raison) on n’a plus que les yeux pour pleurer 🙄.

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Madeleine au citron 

 

 

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Reconversion professionnelle

J’ai déjeuné hier avec mes 2 anciennes « binômes » de pâtisserie ( à la fin on était plus trinôme que binôme vu la masse de travail demandé). J’étais contente de les voir physiquement même si on se parle et s ‘écrit régulièrement.

La vie est une pochette surprise qui nous permet de rencontrer des gens formidables pour peu qu’on se donne le temps et la peine de connaître ces hommes et femmes qui croissent nos chemins. C’est ainsi que j’ai fait connaissance d’une ancienne DA (directrice artistique) et une ancienne laborantine (des gens de tout horizon professionnel et tout âge dans une même session). On peut se demander pourquoi ces gens sont là alors qu’ils ont un métier qui ne manque pas d’attraits. Or la réalité est tout autre, il semblerait qu’on est tous à la poursuit d’un idéal professionnel. L’argent on en a certes besoin pour vivre mais l’argent ne fait pas tout. Le bien être est primordial. Si on veut aller loin il faut ménager sa monture. Les filles (et les autres) ont entamé la reconversion avec pleins espoirs (et d’entrains).

Nous avons « bavé » pendant notre formation et décroché le diplôme tant rêvé après des mois d’efforts. Mais ce n’est rien à côté de ce qui nous attendait. Faire table rase de sa vie professionnelle antérieure passés 25 ans (et plus) c’est l’enfer. Avec zéro année d’expérience professionnelle (dans le nouvel métier) + handicap de l’âge (+30 ans on n’est plus endurant – il paraît- )+ une vie de famille (mère et femme : double handicaps) +…Pourtant on est prêt à accepter un boulot de +40 h/semaine, sacrifier week ends et jours fériés, travailler à des heures décalées (ex 4h du matin) pour un smic mais rares sont les employeurs qui nous embauchent ou ils nous embauchent puis nous débauchent parce qu’on n’est pas assez rapide ou assez bon (normal sinon on ne sera pas débutant). Sur 24 élèves reconvertis moins le moitié peut vivre avec le « nouveau » métier (je surévalue le nombre)

Oui la pâtisserie est un beau métier : les médias, les grands chefs pâtissiers élevés au rang des « artistes », le luxe, la beauté, la société ont beaucoup contribué aux rayonnements de ce métier de bouche. Mais tout ce qui brille n’est pas de l’or aussi il nous faut apprendre à vivre avec ce qu’on a. Si l’aventure vous tente, sachez que c’est un chemin de croix qu’il vous attend. Vous n’avez pratiquement qu’un choix : monter votre propre affaire à court et moyen terme si vous voulez vivre avec ce métier. Il y a beaucoup d’appelés mais peu élus : il y a tellement de (boulangerie) pâtisseries en France qu’on peut se demander comment ils font pour vivre autant plus que les Français ne mangent qu’occasionnellement les pâtisseries ( 1 fois/semaine au mieux). Sans parler que les pâtisseries industrielles sont bien moins chères que celles des artisans et les gens dépensent de moins ne moins pour manger.

Je ne suis pas entrain de vous décourager mais mets en lumière les côtés peu reluisants de ce métier. Personnellement, je suis contente d’avoir fait cette formation car j’ai enfin pu choisir ce dont j’ai envie d’apprendre (même si à ce jour je ne peux toujours pas vivre avec). Pour terminer sachez que le client est roi, on n’est là que parce qu’il existe. Les envies de grandeurs (créations, renommé, reconnaissance…) on fait le deuil dès le début sinon on n’en sortira pas. Il faut une vie entière pour construire une réputation et une minute (voir une seconde) pour la détruire.